Lotus Emira : présentation

Annoncée fin avril 2021, la Lotus Emira a été officiellement dévoilée le 6 juillet suivant à l’occasion d’un live retransmis partout dans le monde sur Youtube et sur le site internet de la marque. Votre serviteur faisait partie des 131 (car l’Emira est la Type 131) « super fans » invités en parallèle à une conférence Zoom. Cela n’apportait pas grand chose si ce n’est le droit d’apparaitre sur l’écran géant, de faire coucou à la demande et de ne pas entendre grand chose à la présentation en anglais, la faute à l’incontournable problème des micros activés auxquels nous sommes pourtant nombreux à avoir été confrontés ces derniers mois avec le télétravail et que nous pensions désormais être éradiqué… Switch off your mic please!

En revanche, pas d’informations complémentaires, d’indiscrétions, de détails techniques ou même de communiqué autre que ce que l’on pouvait trouver au même moment sur le site presse de la marque. Merci tout de même à Lotus pour l’invitation, ça fait un souvenir ! L’Emira apparaissait ensuite au Goodwood Festival of Speed du 8 au 11 juillet 2021.

Lotus, par son actionnaire chinois Geely, n’a sans doute jamais eu autant les moyens de ses ambitions. Montée en gamme, augmentation des volumes et des marges, mise concurrence frontale avec Porsche… L’avenir de la marque passe peut-être par là mais il est bien différent de ce que nous connaissions. Surtout, une partie de la clientèle actuelle qui trouvait dans la gamme de quoi satisfaire à un coût raisonnable son envie de s’amuser principalement sur piste n’est plus adressée. C’était sans doute un marché trop restreint et le visage du gentlemen driver s’efface aujourd’hui au profit de celui d’une femme asiatique… Révélateur d’une époque et d’une mutation profonde.

Un repreneur verra-t-il l’opportunité de prendre ce marché perdu par Lotus et rachètera-t-il l’outil industriel pour continuer à faire vivre les Elise et Exige ? Après tout, Matt Windle (directeur général de la marque) n’exclut pas cette possibilité qui ne serait pas une première dans l’histoire puisque les droits de la Seven avaient déjà été revendus par Colin Chapman à Caterham.

Extérieur

D’un point de vue esthétique, il s’agit d’une très belle auto qui se positionne avec succès comme le trait d’union entre le passé (Elise, Exige, Evora) et le futur (Evija) de la marque. Russell Carr (directeur du design Lotus) et ses équipes peuvent être satisfaits ! Les proportions sont idéales, les détails nombreux et l’impact visuel donnerait presque dans la catégorie des supercars. Beaucoup ont souligné la ressemblance avec les Ferrari F8 Tributo, Maserati MC20, Saleen S1 ou encore McLaren Artura. D’une part, on a connu pire source d’inspiration et ça ne me semble pas vraiment négatif, d’autre part c’est vrai, elle ressemble à une auto deux places à moteur arrière puisque c’est ce qu’elle est.

La série limitée First Edition (j’y reviens plus loin) sera proposée en 6 teintes :

La peinture est réalisée dans un nouvel atelier faisant la part belle à l’automatisation, que ce soit pour l’application d’adhésifs ou le déplacement des éléments de carrosserie (toujours en fibres de verre) par des Véhicules à Guidage Automatique (VGA). D’autres coloris arriveront un peu plus tard. Le design et le travail des phares entièrement à LED avec l’inscription Emira intégrée à l’intérieur de l’optique est très révélateur de la montée en gamme et du niveau de finition voulu. Détail amusant, l’Emira dispose de deux essuie-glaces alors que les Elise, Exige et Evora n’en disposait que d’un seul.

Le capot accueille deux ouvertures qui permettent à l’air de s’échapper. Je ne sais pas si le flux est précédemment passé au travers du radiateur d’eau frontal et ressort chaud mais il est ensuite canalisé directement vers les entrées d’air arrière qui donnent sur le/les radiateur(s) d’huile. L’aérodynamique, bien que très étudiée, reste passive (pas de volets ou d’ailerons mobiles).

Aucune image n’est encore apparue avec le fond plat mais il y a fort à parier que des prises NACA soient présentes, comme sur le reste de la gamme actuelle. L’air traverse la baie moteur de bas en haut et ressort sur les côtés du capot vitré. Les prises d’air latérales servent à refroidir le moteur mais il y a également des entrées situées à l’arrière des bas de caisse qui amènent de l’air sur les freins.

Notez les logos First Edition sur les ailes arrières et la trappe à essence qui est positionnée à l’horizontale sur l’aile, comme sur l’Evora. Les poignées de porte sont parfaitement intégrées. Leur cinématique est contraire à celle des Nissan GT-R ou des Tesla Model 3 : on appuie sur la partie avant pour faire sortir la partie arrière que l’on tire.

A chaque extrémité du pare-choc arrière se trouvent deux extracteurs d’air permettant de diminuer la pression dans les passages de roue. On aperçoit les pneus en regardant à travers. L’échappement est particulièrement travaillé avec des perforations rappelant la forme du logo Lotus. L’Emira Shadow Grey de démonstration semble avoir des sorties différentes, sans ces perforations.

Aux 4 coins, l’Emira opte pour du 20 pouces. C’est une première puisque les diamètres avaient toujours été différents entre avant et arrière : 16 et 17 pour l’Elise, 17 et 18 pour l’Exige, 18 et 19 voir 19 et 20 pour l’Evora. Deux types de jantes sont proposés : 10 branches droites en aluminium coulé ou 5 doubles-rayons en aluminium forgé. Les pneus montés de série sont des Good Year Eagle F1 Supersport en 245/35 ZR20 à l’avant et 295/30/20 à l’arrière (soit la même monte que l’Evora GT430 avec 1 pouce de plus en diamètre à l’avant). Quoi qu’il en soit, ils sont siglés « LTS » comme c’était le cas sur les Yokohama AD07 à l’époque.

L’Emira pourra être agrémenter du Lotus Drivers Pack qui apporte des Michelin Pilot Sport Cup 2. Pour l’anecdote, on aperçoit sur une photo prise avec le responsable du design extérieur Daniel Durrant des Michelin Pilot Sport 4 S. Les étriers de frein sont proposés en noir, argent, rouge ou jaune. Le diamètre des disques n’est pas encore connu.

Le trait d’union avec l’Evija n’est pas que stylistique mais se retrouve dans le gabarit puisque l’Emira (en jaune sur le schéma ci-dessous) est plus grande que la plus grande des Lotus du passé mais reste plus petite que l’Evija (4,46 m de long pour 2 m de large).

Je m’attendais à une auto beaucoup plus proche d’une Alpine en matière de dimensions (4,18 * 1,80 m) et, il est temps d’en parler, de poids. Évidement, il faut savoir tirer un trait sur le passé : les réglementations actuelles rendaient improbable pour ne pas dire impossible un poids sous la tonne et le positionnement que Lotus souhaite occuper avec ses futurs modèles ne laissait que peu de place au doute. Avec 1405 kg dans sa version la plus légère, je suis tout de même désagréablement surpris par le poids de l’Emira. Une Alpine fait presque 300 kg de moins, certes avec moins de puissance.

Sous réserve d’un comportement dynamique et d’un touché de route à la hauteur, je pense que ce poids est aussi un moyen de faire accepter l’arrivée future des modèles électriques, encore plus lourds.

Intérieur

Rien ne remplacera un vrai ressenti physique mais les clichés semblent traduire un bond important en qualité perçue. Comme sur les dernières productions, le tableau de bord est 100% numérique et affiche une diagonale de 12,3 pouces. Un second écran de 10,25 pouces est implanté pour les autres fonctions de la voiture. Les sièges spécifiques à l’Emira sont réglables électriquement sur 4 voies. En option, des sièges plus haut de gamme proposent 12 voies. Les éclairages intérieurs sont nombreux (portières, porte-gobelets, etc…). Pour faire le lien avec le passé, Lotus met en avant un lien de parenté avec l’Esprit S1.

L’Emira bénéficie du démarrage sans clé, du régulateur de vitesse, des essuie-glaces automatiques, des rétroviseurs rabattables électriquement, des capteurs de stationnement à l’arrière (et en option à l’avant), de la caméra de recul, du frein à main électrique (qui explique le second étrier à l’arrière), du rétroviseur intérieur électrochromatique, des airbags latéraux, d’Android Auto / Apple CarPlay, d’un tracker de position pour l’antivol et du launch control (intégré dans le Lotus Drivers Pack).

Même si elles traduisent un fort changement de philosophie, toutes ces évolutions font partie du prérequis pour monter en gamme et être crédible face à la concurrence… Mais Lotus ne s’est pas arrêté là et propose également le Advanced Driver Assistance System (ADAS) : régulateur de vitesse actif, système anti-collision, détecteur de somnolence, lecture des panneaux de signalisation, limitateur de vitesse, alerte de franchissement de ligne, assistant de changement de voie et détecteur d’angles morts. Prochaine étape, la conduite autonome !

Côté sono, c’est le britannique KEF qui signe son premier partenariat avec le monde de l’automobile et équipe la Lotus Emira de 10 hauts-parleurs. Juste devant le levier de vitesse figure le logo First Edition et sur la version manuelle, le mécanisme de commande de boite sera semi-apparent. Pour voyager, le coffre offre 151 litres (l’histoire ne dit pas s’il est limité à 50 kg comme sur les Elise) auxquels s’ajoutent 208 litres derrière les sièges. Sept finitions intérieures sont possibles :

  • Cuir Nappa noir
  • Cuir Nappa gris
  • Cuir Nappa rouge
  • Cuir Nappa beige
  • Alcantara noir et surpiqûres grises
  • Alcantara noir et surpiqûres rouges
  • Alcantara noir et surpiqûres jaunes

Châssis

L’Emira repose sur la plateforme Sportscar, l’une des 4 annoncées en conférence de presse fin avril 2021. Le châssis est toujours composé d’un ensemble de profilés en aluminium extrudé collés entre eux mais il est entièrement nouveau et fabriqué dans l’usine Lotus Advanced Structures à Norwich, à 15 km d’Hethel. Cette usine, annoncé en juillet 2020, regroupe les activités acier (déjà à Norwich) et structures légères (précédemment à Worcester). Ce châssis en aluminium est associé à un faux-châssis en acier à l’arrière.

Deux possibilités sont proposées pour l’amortissement. Le premier, baptisé Tour, est destiné à un usage quotidien et offrant un certain confort. Le second s’appelle Sport et il n’est disponible qu’avec le Lotus Drivers Pack optionnel. Il offre des suspensions plus fermes rendant l’auto plus dynamique. Cela semble également indiquer que l’Emira ne dispose pas d’un amortissement piloté. En revanche, elle a droit à un différentiel à glissement limité et à une direction à assistance hydraulique et non électrique.

Il y a fort à parier que le modèle qui roulait lors de la présentation (en Shadow Grey) ne bénéficiait pas du Lotus Drivers Pack tandis que la version exposée en statique (Seneca Blue) l’avait puisqu’elle était beaucoup plus basse et mieux assise.

L’Emira la plus légère est annoncée à 1405 kg (4 cylindres avec boite à double embrayage ou 6 cylindres boite manuelle ?). Lotus parle d’un « EU DIN kerb weight », autrement dit un poids à vide DIN UE (le UE correspondant en réalité à la norme CE). Les définitions sont les suivantes :

  • Norme DIN 70020 : véhicule en ordre de marche avec le réservoir plein à 90%, sans conducteur
  • Norme CE 92/21 : on ajoute le poids d’un conducteur de 68kg et 7kg de bagages

Il est surprenant que la communication ne soit pas plus précise sur ce point pourtant constitutif de l’ADN de la marque. Le poids à vide de l’Emira dans sa forme la plus légère serait donc de 1330 kg.

Poids DINPoids CERapport poids
(DIN) / puissance
Lotus Elise Sport 220
(220 ch)
9249994,2
Lotus Elise Cup 250
(250 ch)
93110063,7
Lotus Exige Sport 410
(410 ch)
111011852,7
Lotus Exige Cup 430
(430 ch)
111011852,6
Lotus Exige Sport 350
(350 ch)
112512003,2
Lotus Emira
(360-400 ch)
133014053,3 – 3,7
Lotus Evora GT410
(410 ch)
136114363,3
Lotus Evija
(2000 ch)
168017550,8
Alpine A110S
(292 ch)
111411893,8
Porsche 718 Cayman S
(350 ch)
135514303,9
Porsche 718 Cayman GTS 4.0
(400 chevaux)
140514803,5
Porsche 718 Cayman GT4
(420 ch)
142014953,4

Même si les années ont passé et que la réglementation a évolué, je rappelle que mon Elise S2 Rover pèse 713 kg (avec un peu de travail mais un plein complet et non 90% comme le précise la norme DIN). L’Emira se retrouve donc un peu mieux positionnée qu’une Porsche 718 Cayman S et en face de la GTS au niveau du rapport poids/puissance. Un boulevard est ouvert pour une Emira Cup qui pourrait très certainement prendre l’avantage sur le Cayman GT4.

Moteur

Comme annoncé dans mon premier article, la Lotus Emira disposera de deux motorisations. La première est bien connue des propriétaires d’Exige et d’Evora puisqu’il s’agit du V6 3.5 Toyota dans sa déclinaison 400 chevaux et associée à une boite de vitesse manuelle ou automatique. Lotus précise que cette puissance sera proposée au lancement, laissant entendre implicitement que des versions plus puissantes arriveront ensuite. S’agira-t-il d’une déclinaison Emira Cup 430 ?

Les premières rumeurs parlaient de 500 chevaux et on sait que le bloc est capable de les sortir, Komo-Tec l’ayant montré dans de nombreuses préparations. J’ai remarqué un détail en étudiant les photos de l’intérieur : l’écran indique une puissance de 481 chevaux pour 411 Nm à 98% de boost. Sur une autre photo, on lit 480 chevaux et 410 Nm à 92% de boost. Faut-il y voir un indice laissé volontairement par la marque, une inadvertance ou carrément une fausse piste ?

Les premières livraisons de la Lotus Emira sont prévues pour le printemps 2022 et débuteront par une série limitée (au moins sur ce point on reconnait bien la marque !) baptisée First Edition et disposant uniquement du V6 Toyota. Pour le moment, je n’ai pas plus de détail sur le nombre d’exemplaires de cette série mais j’espère que chacun disposera d’une plaque numérotée qui permettra de les suivre plus facilement.

La seconde motorisation arrivera à l’été 2022 et sera bien le 4 cylindres 2.0 Mercedes-Benz M139. Sa puissance sera revue à la baisse avec 360 chevaux contre 380 selon les premières rumeurs et 421 sous le capot de l’A45. AMG a été le partenaire technique de Lotus sur le projet Emira puisqu’il s’agit de la première intégration de ce bloc et qu’à ce titre, plusieurs changements ont été apportés notamment sur l’admission d’air et l’échappement pour mieux coller au caractère et au ressenti souhaités par Lotus. Son poids est de 161 kg auxquels il faut ajouter les 76 kg de l’unique transmission 8G-DCT SpeedShift. Les deux moteurs passeront-ils par différents paliers de puissance au fil de la vie de l’Emira ? Beaucoup de questions restent encore en suspens.

Sur le bloc AMG, les émissions de CO² seraient inférieures à 180 g/km ce qui devrait contenir le poids du malus sous les 15% du prix de l’auto jusqu’en 2023. En revanche, la taxation appliquée sur le V6 est tout bonnement délirante : entre 35 et 65% du prix de l’Emira selon l’année. Autant dire que nous ne devrions pas en voir beaucoup avec une immatriculation française… Et que si le moteur retenu pour un futur modèle plus puissant est bien le V6, comme le laisse supposé le petit détail relevé précédemment dans cet article, la France sera de fait écartée du marché.

Malus France4 cylindres AMGV6 Toyota
20215.715 €30.000 €
20227.462 €
(+31% vs. 2021)
40.000 €
(+33% vs. 2021)
20239.550 €
(+28% vs. 2022)
50.000 €
(+25% vs. 2022)

Sans qu’il ne soit précisé de quel moteur il s’agit, Lotus indique un couple maximal de 430 Nm. L’Evora en 400 chevaux sortait 410 Nm et il semble étonnant d’avoir retravaillé ce bloc au niveau du couple mais pas de la puissance. Le bloc AMG dans sa déclinaison 421 chevaux affiche 500 Nm de couple. Dans l’Emira, il perd 61 chevaux soit -14% et perdrait donc également 14% de couple pour arriver à 430. Cohérent. Le meilleur 0 à 100 km/h est prévu en 4,5 secondes pour une vitesse de pointe de 290 km/h, des valeurs de Cayman GT4 385 (4,4 secondes et 292 km/h). Les rumeurs parlent d’une version destinée à courir en catégorie GT4 pour 2022 et vraisemblablement d’une version hybride pour 2025.

Options

En croisant les données du configurateur en ligne et de la fiche de spécifications de la première Emira Seneca Blue, j’arrive à reconstituer les options suivantes :

  • Lotus Drivers Pack : launch control, pneus Michelin Pilot Sport Cup 2 et suspensions plus fermes
  • Lotus Design Pack : pas de détail
  • Convenience Pack : pas de détail
  • Black Pack : rétroviseurs, toit, arches de toit et entrées d’air latérales pour les freins en noir
  • Lower Black Pack : sorties d’échappement et entrées d’air latérales pour les freins en noir
  • Disques en deux parties avec bol aluminium
  • Sièges électriques 12 voies
  • Sièges chauffants
  • Audio premium KEF
  • Tapis de sol premium

2 commentaires sur “Lotus Emira : présentation

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  1. Les journalistes de la presse spécialisée auto vont t’en vouloir … Il leur sera très difficile de rédiger un article plus détaillé, aussi complet et plaisant à lire. Félicitations !

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